Ce texte écrit par Emel a remporté le premier prix dans la catégorie collégiens en 2018.
L'avis du jury
Un texte touchant et émouvant avec des effets de suspens. C’est une fille à qui l’on n’accorde pas assez d’attention. Elle parle de sa famille et livre ses émotions. Elle ne se sent pas bien, pas assez aimée, rejetée. Elle se détruit par réaction. Le jury a apprécié le ton de vérité qui nous fait croire à la réalité de la narratrice personnage. Elle exprime sa détresse de telle sorte que l’on comprend tout de suite que c’est une adolescente. Les phrases courtes, le style haché font ressortir le contraste entre ce qu’on attend d’une famille et son ressenti à elle. Le texte est rythmé par sa structure et ses répétitions comme une insistance au service de l’histoire. Tout cela nous fait croire que la narratrice est une vraie personne.
Lundi 11 décembre
Encore une soirée où je suis enfermée dans ma chambre. Dans le noir. Sans rien, à attendre le jour. Encore une soirée où j’entends mes parents crier des insultes. Encore une soirée où la peur d’un accident à la maison m’envahit. Encore une soirée où j’attends que tout cela prenne fin même si je sais que ça ne cessera jamais.
Mercredi 13 décembre
Encore une nuit blanche à me remémorer toutes les disputes de mes parents. Encore une nuit blanche à chercher désespérément un moment de bonheur que j’aurais pu avoir avec ma famille en sachant que je n’en ai jamais eu. Encore une nuit blanche où je suis assise là, par terre, dans la salle de bains à regarder chaque cicatrice sur mon bras. Encore une nuit blanche à jouer avec une lame entre les mains. Encore une nuit où je souhaite avoir une vraie famille. Encore une nuit où je laisse des traces sur mes bras. Encore une nuit sans fin.
Samedi 16 décembre
J’ai fait un rêve. Ou plutôt un cauchemar. Ce cauchemar avait l’air tellement réel ! Mes cris résonnaient dans la pièce et je sentais mes larmes couler le long de mes joues. Et pourtant j’ai ouvert les yeux. Il n’y avait personne à côté de moi. J’aurais aimé pouvoir crier leurs noms. Qu’ils viennent me consoler et me dire que ce n’était qu’un mauvais cauchemar. Mais n’est malheureusement pas leur genre de faire ce genre de chose. J’aurais aimé plus que tout que mes parents viennent me voir à ce moment là. Ce n’est pas seulement ce que « j’aimerais », c’est ce que j’espère idiotement. Mais ils ne viendront jamais me voir.
Jeudi 21 décembre
Parfois je me dis que si je pouvais retourner dans le passé, au moment où ma mère et mon père se mariaient, je pourrais tout changer. J’aurais tout arrêté. Alors, ce futur n’aurait pas existé et on aurait tous été en paix. Je ne serais pas née, je n’aurais pas existé. Ils auraient peut-être été heureux ? L’un sans l’autre, ou bien simplement sans moi ?
Lundi 25 décembre
Aujourd’hui c’est Noël. Nous sommes tous réunis, moi, ma mère, mon père, devant plusieurs cadeaux, au pied d’un grand sapin. Nous sommes tous souriants et heureux. Bien sûr, tout ceci est faux… Je ne sais pas où sont ma mère et mon père. Je suis chez moi, seule. Comme unique cadeau, une nouvelle lame… Pour de nouvelles mutilations, de mauvais souvenirs, de nouvelles cicatrices, pour oublier. Oublier ma souffrance, ma peur, ma colère, ma rage, mon chagrin, ma douleur, mon désespoir mais le plus important : pour oublier ma famille, la douleur qu’ils m’infligent. Cette famille qui me pousse à tout abandonner plutôt que de m’aider à m’accrocher. Cette famille qui ne m’a jamais donné d’amour. Cette famille non soudée qui ne devrait pas exister. Cette famille que je hais plus que tout au monde.
Mercredi 3 janvier
Je voulais juste qu’ils m’aiment, que juste une seule fois depuis ma naissance ils me remarquent, s’inquiètent, me posent des questions à mon sujet, me demandent ce que je ressens. Que mon père aille au travail et que quand il revient il me prenne dans ses bras en me disant que je lui ai manqué. Ce petit détail m’aurait rendue plus qu’heureuse. Que je puisse parler avec ma mère de trucs de filles et rire avec elle ou bien juste qu’un des deux viennent me dire bonne nuit le soir avant de dormir rien que ce petit détail idiot m’aurait rendue tellement joyeuse. Que mon père fasse un effort plutôt que de ne pas rentrer le soir à la maison et aller je ne sais où, qu’il passe de bons moments avec moi, avec ma mère, avec nous.