La Vie en couleurs

Ce texte écrit par Izia a remporté le premier prix dans la catégorie lycéens en 2017.

A une époque où l'homme a tout détruit, où tout est interdit. Où la seule odeur était celle du gas-oil. Où l'on ne voyait plus que des gratte-ciel et un ciel gris à perte de vue. Dans un monde où la souffrance était omniprésente, où le chagrin n'était que trop répandu. Beaucoup de guerres avaient commencé puis pris fin, non sans conséquences car chaque pays avait gardé sa propre cicatrice. Mia vivait dans ce monde là, pleine de joie de vivre pourtant. Mais qu'est-ce qu'une faible lumière de téléphone portable au milieu d'une sombre nuit ? Pendant que les gens traversaient les rues sans se parler ni même se regarder, Mia elle, courrait à côté d'eux en chantonnant, en abordant tout le monde gaiement. Pendant que les gens n'avaient plus goût à rien, Mia écrivait des contes peuplés de personnages souriants.

Mia était une jeune fille de 13 ans, ses longs cheveux blonds tombaient sur ses épaules. Elle avait le visage rond, les joues rouges, de petites taches de rousseur : tout ce qu'on pourrait exiger d'une jeune fille de contes de fées. Dans ses histoires, les gens élèvent des sortes de bêtes, certains marchent sur quatre pattes, d'autres volent ou rampent. Mais sa passion était le dessin, Mia pouvait s'exprimer librement avec son crayon. Elle pouvait retranscrire ses émotions avec ses pinceaux. Elle dessinait des paysages magnifiques, ils étaient imaginaires bien sûr, car elle ne connaissait pas la nature. Le sol était bleu, le ciel était vert.

Ce matin, Mia se réveilla, ouvrit la fenêtre mais aucune lumière ne rentrait dans la pièce car les rayons du soleil étaient retenus par la fumée. Elle se levait pour aller à l'école, comme chaque matin. La jeune fille s'habilla rapidement et s’assit pour déjeuner. Elle commença par prendre un verre de loïde (jus contenant des vitamines remplaçant l'ancien « fruit ».), puis elle prit un bout de gâteau à la ronione (aliment composé d'élément riche en protéines créés par l'usine d'AliToRie où travaillait son père.) Mia sortit de chez elle chantonnant et sautillant comme à son habitude. Le sac dans le dos, les cheveux dans le vent, son long manteau rouge, elle passait devant les nombreuses usines de sa rue dégageant chacune une fumée noire dans le ciel.

Quelques rues plus loin, un homme courrait. Tellement vite qu'il ne put s’arrêter quand il vit la jeune fille. Il lui rentra violemment dedans et continua sa route sans se retourner. Mia était allongée par terre complètement sonnée, son sac par terre et tous ses dessins en vrac. Une vielle femme fixait la jeune fille. Elle était recroquevillée dans un coin sombre, le visage sans expression jusqu'au moment où elle ouvrit la bouche :

« Montre-moi tes dessins, s'il te plaît, demanda-t-elle »

Mia surprise, se leva encore tremblante et lui apporta son ouvrage. Un sourire apparut sur le visage de la vielle femme. Un sourire, cela pourrait paraître pas grand chose, mais ça faisait si longtemps que Mia n'en avait pas vu.

« C’est très beau, pourquoi as-tu dessiné ça ? ajouta-t-elle en montrant du doigt quelque chose »

Mia se fit un plaisir de lui expliquer chacune de ses œuvres en détail. Chacune de ses humeurs, de ses envies, chacun de ses rêves cachés qu 'elle dévoilait enfin. La vielle femme l'écoutait, le regard admiratif. Elle sortit de son sac un gros livre poussiéreux. «Tu sais, un talent comme celui-là, il faut l'exploiter pour aider les autres. Le monde a besoin de sourire. »

La jeune fille ne comprit pas tout de suite ce que cela voulait dire mais elle lui promit d'y réfléchir.

Mia repartit, heureuse d'avoir donné le sourire à quelqu'un. C'était aussi la première fois qu'elle montrait ses dessins, ses parents n'y auraient pas vu d’intérêt, elle en était sûr. Et des amis ? Elle n'en avait pas. Les gens étaient tous si pessimistes. Elle était différente. Mia se demandait toujours si c'était une bonne chose. Grâce à cette femme, elle avait compris que oui.

La cloche avait sonné et elle avait passé la journée à réfléchir. Elle s'était beaucoup plus concentrée sur les paroles et les actions de ses camarades de classe que d'habitude.

En rentrant chez elle, Mia prit une décision. Elle passa la soirée à dessiner sans manger jusqu’à s'écrouler de fatigue le matin venu, un crayon à la main. La jeune fille avait réalisé 29 dessins différents. Mia partit plus tôt que d'habitude, et afficha tous ses ouvrages sur les murs de son quartier.

Un jeune homme à la peau livide et aux cheveux bruns bouclés marchait lentement. Son nom était Max. Il s’arrêta devant l'un d'eux. Max posa son sac et se concentra quelques secondes. Ce dessin représentait une énorme fleur, chaque pétale avait une couleur vive différente. Ce fut comme un éclair, l'homme partit oubliant son sac le sourire aux lèvres. Les mêmes fleurs qui avaient disparu depuis 18 ans qu'elle avait vu dans le livre de la vielle femme.

Le lendemain, à côté du dessin qui avait marqué le jeune homme, une autre œuvre était affichée. Il représentait un grand arbre à l’intérieur duquel poussaient des petits fruits rouges. Il était signé Max. Une semaine plus tard, les murs étaient recouverts de dessins signés Sarah, Rachel, Arthur, Sofian, Adam, Louise, Jean Pierre.