Ce texte écrit par Théo a remporté le premier prix dans la catégorie collégiens en 2017.
L'avis du jury
« Le jury a aimé ce conte car il l’a trouvé poétique et bien écrit. Le style est léger, et pourtant, le propos est profond. Ce texte fait transparaître beaucoup d’émotions. Des phrases courtes, mais des idées fortes : c’est ce contraste qui crée l’originalité, même s’il peut apparaître un peu simple.
Le thème du concours est bien mis en avant. Résister, c’est ce que fait le peuple rouge, même s’il s’agit d’une résistance pacifique. Certains évoquent même la résistance civile face à la discrimination, l’exploitation, le pouvoir arbitraire.
Pour finir, c’est la conscience écologique qui triomphe, dans ce beau texte qui aurait pu se retrouver dans une édition pour enfant, digne héritier de Saint-Exupéry ! »
Quelque part, au-delà des mers et des plaines immenses, se trouve une île où les hommes vivent en paix et heureux.
Il y a fort longtemps, habitaient sur cette île le peuple bleu et le peuple rouge. Depuis toujours, le peuple bleu exploitait le peuple rouge. Pour quelle raison ? Personne ne le savait plus. Le peuple bleu n’était ni plus fort, ni plus intelligent, ni plus nombreux. C’était un peuple aussi froid et vide de sentiments que les gratte-ciel dans lesquels il vivait. Le peuple rouge, quand il avait fini sa journée de travail au service du peuple bleu, aimait rêver, s’allonger dans l’herbe et regarder les nuages.
Les jours succédaient aux nuits et rien ne changeait. Le peuple rouge travaillait du lever au coucher du soleil. Le peuple bleu, lui, restait enfermé dans des tours métalliques toujours plus hautes. Un jour, comme tous les autres, le peuple bleu décida que le peuple rouge ne travaillait pas assez. Après tout il avait bien le temps de rêver dans l’herbe ce peuple rouge, pour quoi faire ? Rêver, cela ne donnait aucun billet de banque en plus, cela ne faisait pas monter les immeubles plus haut. Il fut décidé que désormais il serait interdit de rêver. Pour que le peuple rouge respecte l’interdiction, le peuple bleu lui fit bétonner tous les champs d’herbe. Pour cette tâche supplémentaire qui s’ajoutait aux longues heures de travail, tout le peuple rouge fut réquisitionné. Il fallait que toute l’herbe disparaisse au plus vite ! Le peuple bleu ne supportait plus de voir le moindre petit coin de verdure.
C’est ainsi que Jean, le fils du meunier, qui avait alors dix ans, se retrouva à devoir couper toute l’herbe puis bétonner toute la prairie près du moulin où il avait grandi.
Jean était un petit garçon gai et rieur. Il passait ses journées à courir à travers champs. C’est le cœur lourd qu’il se mit au travail. Jean avait bien avancé et le
soleil était presque couché quand il entendit une petite voix s’élever au milieu de l’étendue déserte. Un coup d’œil à droite, un autre à gauche, rien.
-« Ne regarde pas en l’air, baisse les yeux vers moi ».
Qui avait dit cela ? Il était déjà passé par là des centaines de fois, il n’avait jamais entendu cette voix. Jean vit alors à ses pieds une petite fleur blanche qui s’agitait. La petite voix, c’était elle.
-« Bonjour, je suis la dernière fleur de l’île. Ton peuple a détruit toutes mes sœurs. Si toi aussi tu me recouvres de béton, alors tous tes rêves s’éteindront. »
A ces mots, Jean, malheureux d’avoir vu disparaître en une journée son magnifique terrain de jeu, se mit à pleurer.
-« Sèche tes larmes, Jean » dit la fleur. « Elles ne te serviront à rien si tu veux que le peuple bleu renonce à cette folie. Prends ces graines sur mes pétales. Ce sont des graines magiques. A la nuit tombée, fais tourner le moulin de ton père pour que les graines s’envolent et recouvrent toute l’île. »
Jean, petit garçon ordinaire, se sentit tout à coup rempli d’un immense courage. Il regarda la poignée de graines dans sa main. Il ne voulait pas vivre dans un monde de béton où les rêves et les fleurs n’existent plus.
Au coucher du soleil, Jean passa à l’action.
Le lendemain, des centaines de fleurs s’étendaient à perte de vue sur l’île. Tout le peuple bleu s’était massé aux fenêtres des immeubles et contemplait avec stupeur le tableau qui se dressait devant ses yeux. L’ordre fut donné : le peuple rouge passa la journée à arracher les fleurs.
La nuit suivante, Jean se remit à l’ouvrage. Le lendemain le constat fut le même et le peuple rouge arracha une nouvelle fois les fleurs.
Jean ne se découragea pas. Au bout du septième jour, le peuple rouge, épuisé, refusa d’arracher les fleurs qui envahissaient la ville. Le peuple bleu paniqué par ce vent de révolte nouveau, quitta l’île pour ne plus jamais y revenir.
Le peuple rouge put enfin vivre comme il le souhaitait. Quant à Jean, il reprit sa vie de petit garçon et vécut heureux sur son île jusqu’à la fin de ses jours.